L'ELECTORAT "PATRIOTE" VA SE DECHIRER EN 2012, POURQUOI ?

Publié le par CASTELMAURE

Le principal argument développé par les défenseurs du Front national, avec une variante pour les partisans de Bruno Gollnisch qui souhaite récupérer les résidus des micro-scissions internes à l"extrême-droite hors système" (PDF,NDP,MNR ou autres "identitaires" d'ailleurs plutôt en train de se rapprocher de Marine Le Pen actuellement) réside dans la supposée capacité de rassemblement de ce parti, liée à son origine qui a vu l'addition de courants différents (solidaristes, ethnisicistes néo-païens, nationalistes révolutionnaires, catholiques traditionnalistes, poujadistes...) sous la figure charismatique de Jean-Marie Le Pen et aux résultats électoraux de ce dernier qui ont indiscutablement permis à "l'extrême-droite" de sortir du niveau "groupusculaire".

Ainsi, ils demandent à tous ceux que l'on pourrait considérer comme des "patriotes" de se ranger derrière sa bannière parce que, réalisant de bien meilleurs résultats que tous ses concurrents y compris ceux de la "droite souverainiste" (ils oublient volontairement les européennes 1994 et 1999), le Front national est susceptible de réaliser le meilleur résultat.

 

Cet argument comporte deux contradictions fatales : le premier, auquel a essayé de remédier Bruno Mégret, est que, si le Front national n'a jamais vraiment dépassé la barre des 15% (17% avec grosse abstention en 2002) alors que l'on peut estimer l'électorat "patriote"  à largement plus que la différence que constituent les mouvements "concurrents", c'est qu'il ne rassemble pas l'électorat "patriote". Le deuxième est que s'il n'est jamais parvenu à rassembler en dehors de son électorat habituel, c'est qu'il n'est structurellement pas capable de générer un tel "rassemblement"..

Il faut ajouter à cela que la différence avec les autres grands pays européens où la droite "patriote" est devenue "gouvernementale" se trouve directement imputable à Jean-Marie Le Pen et que tous les tenants de la ligne "hors système" y sont pour quelque chose puisqu'ils refusent d'évoluer vers ce qu'implique une mutation en "droite gouvernementale". Cette contradiction majeure se voit plus fortement encore lorsque les frontistes appellent au rassemblement des patriotes tout en rejetants les éléments intégrés à la droite institutionnelles sous le prétexte que cette intégration rend la chose impossible. "L'Union des Patriotes" ne fonctionne jamais vraiment et ce, justement parce qu'ils ne veulent pas des patriotes ayant fait le choix de la droite institionnelle..

En accusant ces derniers de "copier leur programme" tout en refusant de leur donner une chance, ils désorientent l'électorat "droitier" et autres électeurs un peu "constructifs"..

 

Reste que Marine Le Pen évite soigneusement les dérapages de son père et lisse l'image du Front national, ce que des tenants d'une ligne plus dure lui reprochent ouvertement, se ridiculisant eux-mêmes en raison de leurs faibles résultats électoraux et des faibles résultats électoraux de tous ceux qui ont cherché à "dépasser Le Pen sur sa droite"..

La vraie question est que sa recherche d'un électorat "populaire" sans véritable culture politique ainsi que son refus (semble-t'il) de reconsidérer la question des alliances avec la majorité peut l'empêcher de récupérer l'électorat "droitier" alors que son père même avait pu exceptionnellement en toucher une partie dans le contexte particulier de 2002.

 

Bruno Gollnisch parait idéologiquement sur une ligne plus "droitière", plus conservatrice mais incarne en même temps la "vieille extrême-droite", la plus nauséabonde, reproduisant dans une moindre mesure le dilemme de Bruno Mégret jadis ce qui peut lui être fatal.

On peut d'ailleurs très bien imaginer un scenario aussi violent  que la scission de 1998 seulement moins spectaculaire parce que le parti compte beaucoup moins d'élus aujourd'hui qu'à l'époque!

 

Il est quasiment prouvé que ce n'est pas la "dédiabolisation" initiée par Marine qui est à l'origine du mauvais résultat de son père en 2007 mais il n'est pas prouvé non plus qu'elle soit à l'origine du "regain" du Front national aux dernières régionales. Un élément explique ce paradoxe apparent que, oubliant de comparer type de scrutin par type de scrutin, les commentateurs n'ont même pas relevé : compte-tenu de l'énorme différence de participation entre l'élection présidentielle 2007 et les régionales 2010, il est stupide d'affirmer que le Front national a regagné des voix entre 2007 et 2010 puisqu'il en a perdues et que, d'ailleurs, même en % de voix exprimées, la différence est infime et l'on ne peut objectivement compter que la moitié Est dans ces calculs!

 

Enfin, passons à un autre personnage à l'encontre duquel les violentes critiques ne s'appliquent pas là où il faudrait: en intégrant le comité de liaison de la majorité présidentielle, le président du conseil général de la Vendée Philippe de Villiers a "déçu" nombre de ses partisans, ce qui exact, mais que représentent au juste ces derniers au vu de l'affaiblissement des résultats villiéristes observés ces dernières années alors que cette mouvance remportait quand même des succès plus importants au cours des années 90 et même encore en 2004?

D'ailleurs, il y a peu de chances qu'il se présente puisque les circonstances qui ont fait qu'il se soit présenté en 2007 à la suite de son discours de l'université de Grasse en septembre 2005 qui s'est révélé une tragique erreur stratégique (et erreur d'interprêtation sur son propre rôle lors de la campagne referendaire en 2005) ne se représenteront pas.

 

Et Nicolas Dupont-Aignan qui prétend maintenant assurer la relève du "souverainisme" indépendant: il ne peut prétendre à récupérer tout ce qui incarnait le villiérisme à une époque, à la fois parce qu'il n'est pas assez "traditionnel" et parce qu'il donne du "ni droite ni gauche" en flirtant avec des chevènementistes. Le R.I.F. de Paul-Marie Couteaux s'inscrit dans la même problématique, mais désormais sans mandat puisque ce dernier était lié à l'alliance avec les pasquaiens et les villiéristes. En outre, Debout la République comporte un côté trop "consensuel" pour plaire à l'électorat du Front national et son rapprochement paradoxal avec "République solidaire" de Dominique de Villepin apporte un éclairage à ce sujet. A suivre néanmoins car, même si les positions de ce derniers ne sont finalement pas "droitières", il peut tirer parti de son image d'homme de "culture française" contrairement au chef de l'Etat.

 

En fait, c'est quand même le nouveau collectif "Droite Populaire", se voulant la garantie de la concrétisation des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy qui semble le plus en phase pour cet électorat "droitier" qui s'est manifestement abstenu aux dernières élections régionales..le digne héritier de la campagne "Pasqua/Villiers 1999" mais encore intégré à la majorité..ce n'est pas étonnant d'y voir des personnalités comme Jacques Myard, Lionnel Luca, Christian  Vanneste ou Thierry Mariani et il est malhonnête de considérer que ces derniers agissent uniquement pour concurrencer le Front national au profit de Nicolas Sarkozy puisqu'ils ont toujours défendu les idées "patriotes" et qu'ils réclament une transposition!

Sont-ils en mesure de présenter un candidat ? Nous verrons et la présidentielle ne doit pas passer avant la nécessité d'une "recomposition" de la droite française au cours de ces prochaines années..

 

 

 

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